CEPA eprint 1466 (EVG-178)

La formation d’une communauté scientifique à l’age de l’électronique

Glasersfeld E. von & Lochhead J. (1995) La formation d’une communauté scientifique à l’age de l’électronique. In: Giordan A., Martinand J.-L. & Raichvarg D. (eds.) Que savons-nous des savoirs scienitifiques et techniques? Proceedings of the 17th international meeting on communication, education, and the scientific and industrial cultures, 1995. Centre Jean Franco, Chamonix: 47–50. Available at http://cepa.info/1466
Chez l’institut TERC (Teacher Education Research Center) nous sommes en train d’éxaminer les possibilités de la discussion électronique dans la communauté des enseignants en science. Le projet “LABNET” facilite le dialogue sur les méthodes d’enseignement dans un cadre de 500 enseignants de physique. Nous présentons un exemple de conversation électronique qui démontre la naissance d’une nouvelle idée comme résultat de la réflexion immédiate stimulée par ce moyen de communication.
At the TERC Institute (Teacher Education Research Center) we are in the process of investigating the possibilities of electronic discussion in th commuinity of science teachers. The LABNET project facilitates dialogue on teaching methods among a group of 500 physics teachers. As an example, we are here presenting the birth of a new idea that resulted from the kind of immediate reflection that is enhanced by this means of communication.
Tout d’abord je voudrais vous prier d’excuser la façon barbare dans laquelle je vais traiter votre magnifique langue. Dans les derniers cinquante ans j’ai eu presque pas d’occasions pour exercer le français que j’avais appris à Paris dans les années trente.
En plus, lorsqu’ici nous n’avons que quinze minutes, il faut que je lise des notes faites auparavant.
Je me lance donc tout de suite, sans introduction élégante.
On s’est aperçu, il y a quelques décades, que le savoir scientifique n’est pas une image objective d’une réalité indépendante mais plutôt une interprétation des expériences sur laquelle la communauté des scientifiques se mets plus ou moins d’accord.
Comment est-ce qu’on arrive à un tel accord?
Á première vue ça semble très simple. Les scientifique se parlent et discutent dans les congrès, ils écrivent et lisent des papiers dans les revues spécialisées et aujourd’hui ils peuvent même converser électroniquement.
Mais tous ces modes d’interaction sont basées sur l’emploi du langage et, comme vous sans doute savez très bien, le langage est un moyen de communication problématique.
Comme tout les autres modes de communication symbolique, le langage est assujettie aux principes compris dans la théorie da la communication développée par Claude Shannon. Le principe qui me semble le plus important dans le contexte de la didactique est celui qui explique que dans toute communication le langage ne transporte pas les significations, c’est à dire les structures conceptionelles que celui qui parle ou écrit a associé avec les mots utilisés. Les concepts dont les significations sont composées ne voyage jamais d’une personne à l’autre.
Ainsi les significations des mots et les conceptions qui résulte de leur combinaisons, doivent être construites individuellement et activement par qui écoute et par qui lit le langage transmit. Et lorsque ces constructions sont toujours bâties sur une base d’expériences subjectives, il faut d’habitude beaucoup plus d’une interaction pour arriver à une satisfaisante compatibilté des structures conceptuelles.
Seulement dans les conversations où les interlocuteurs sont face à face, le langage est supportée par un tas d’autres manifestations qui offrent un feedback au parleur. Mais nous savons que, bien que dans les écoles traditionnelles l’enseignant parle en face des apprenants, il trouve des grandes difficultés à diriger leur constructions conceptuelles quand il se trait de concepts scientifiques abstraits.
Chaque moyen de communications détermine le caractère et la quantité du feedback possible.
Dans la communication électronique il n’y a ni le feedback visuel des expression du visage ni celui offert par les nuances de la voix. Si ce moyen jouera un rôle dans l’établissement des savoirs scientifiques et dans l’enseignement, il faudra examiner quel effet il peut avoir dans ces domaines.
Si, dans une conversation électronique on ne peut pas profiter du feedback vécu des autres participants, on jouit quand même un avantage sur les conversations à voix: on a sous les yeux tout ce qui a été dit au cours de l’interaction. En plus on jouit un avantage sur la correspondance écrite et la communication par articles publiés: on peut répondre tout de suite et on peut demander des explications.
Le projet LabNet* lancés par l’institut *TERC est un réseau communicatoire qui donne à 600 enseignants de l’école supérieure la possibilité de discuter entre eux leurs expériences dans le domaine de l’enseignement des sciences. Mon collègue Jack Lochhead a commencé à étudier le développement de ces conversations électroniques. Son premier but est d’isoler les différences de ce mode de communication; et le second est de voir quels pourraient être les effets sur la construction du savoir des participants.
Cette recherche est loin d’être terminée, mais a mi-chemin elle a ouvert des perspectives assez intéressantes. Pour vous donner au moins une idée de la richesse de ce matériel, voici quelques extraits d’une centaine de communications que vingt enseignants ont échangés entre eux. Le sujet était le problème des rapports de laboratoire que les étudiants doivent fournir de temps en temps.
SM: Notre département voudrai abandonner le format fixe de ces rapports et n’insister plus sur l’articulation rigide :titre, but, procédure, etc.
DH: … je l’ai trouver assez utile de ne prescrire aucun format …
TL: … tout les scientifiques insistent que les rapports doivent suivre quelque format …
SO: … il faut donner aux étudiants et des tâches avec format et des tâches sans format. … rédiger et récrire et très important.
AE: Un moyen pour obliger les étudiants à changer vitesse c’est de les faire écrire pour des audiences différentes …
SO: Écrire à des gens différents – voilà une bonne idée – ça me plaît beaucoup …
Tl: Ça me rappelle une chose que je faisait habituellement, et puis je l’ai oublier. Je demandais aux étudiants d’écrire des procédures de laboratoire pour la secrétaire dans un autre bureau. … Le résultat était marrant. Si quelqu’un avait suivi ces instructions il aurait finit avec un machin que personne aurait pu comprendre …
AE: …l’audience est très importante. Produire quelque chose pour une audience authentique et pas pour l’enseignant – ça ajoute toute autre dimension à la tâche …
Nous trouvons dans ces échanges l’illustration de l’importance de ce que les psychologues appellent “interaction sociale”. Mais évidemment ce ne sont pas des interactions dans lesquelles des savoirs sont transmis d’une personne à une autre, mais plutôt des interactions qui portent à une adaptation mutuelle orientée vers l’idéal de générer des structures conceptuelles les plus compatibles entre les participants.
Avec le déplacement du sujet de la discussion du “format” des rapports de laboratoire à “l’audience” on s’approche à une compréhension bien plus évolue des processus de l’écrire et de l’apprentissage. C’est un exemple assez simple qui démontre comment des idées peuvent naître dans une conversation où les réponses sont presque immédiates.
On peut donc dire que la communication dans les réseaux électroniques favorisent la réflexion – et je crois que nous sommes tous d’accord que la réflexion est un élément indispensable dans la génération des connaissances.
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