CEPA eprint 1469 (EVG-181)

Conceptions et connaissances (Review of book by Giordan, Girault & Clément)

Glasersfeld E. von (1995) Conceptions et connaissances (Review of book by Giordan, Girault & Clément). Didaskalia 6: 180–181. Available at http://cepa.info/1469
Giordan A., Girault Y. & Clement P. (Sous la direction de) (1994). Conceptions et connaissances. Berne, Peter Lang.
Dans la première partie de ce livre, intitulée “Cadre conceptuel”, A.Giordan, Y.Girault et P.Clément passent en revue l’utilisation des termes “conception”, “connaissance” et “représentation” dans la littérature en philosophie, psychologie et didactique. Ces utilisations apparaissant comme hétérogènes et quelque fois même contradictoires, les auteurs proposent leur propres définitions, dans le cadre des contributions rassemblées dans cet ouvrage. De par son acception psychologique, le terme de “représentation” sera éliminé – à juste titre à mon avis – parce ce terme implique presque toujours l’existence a priori de ce qu’un sujet se re-présente mentalement. Ainsi, les représentations seront comprises sous le terme “conception”, qui est défini comme “une sorte de décodeur permettant à l’apprenant de comprendre le monde qui l’entoure” (p.10). Bien entendu, cette définition est en accord avec le constructivisme piagetien, qui maintient que le sujet cognitif assimile ses expériences à des structures conceptuelles qu’il possède déjà (auquel il faut ajouter qu’une accommodation peut avoir lieu lorsque l’assimilation produit une perturbation de l’équilibre des structures).
Donné que le livre s’occupe de l’éducation scientifique (surtout de l’instruction en biologie) le terme “connaissance” est utilisé principalement pour les connaissances scientifiques et, en accord avec l’orientation constructiviste, celles-ci ne sont pas présentées comme des vérités absolues, mais comme le résultat d’une équilibration guidée par les “représentations sociales” des chercheurs: “Des connaissances sont scientifiques à partir du moment où elles sont reconnues comme telles par la communauté scientifique” (p.27).
Dans le dernier essai de cette introduction philosophique aux problèmes de la didactique Giordan et Girault notent que l’action propre de l’élève doit être “replacée au coeur de la construction de la connaissance … sous la forme du ‘déjà-là’ conceptuel …” (p.47) et ils posent la question: “Que faire concrètement de ces conceptions quand on souhaite ‘faire passer’ un savoir?” (p.48). En suite ils examinent trois positions qu’ils considèrent comme prédominantes dans la littérature “sur l’utilisation des conceptions”. Cependant les modes de traitement proposés dans cette littérature sont multiples et souvent contradictoires; ceci amène à la conclusion qu’il faut “dépasser radicalement les positions” mentionnées (p.64) et que “la recherche didactique se doit donc d’innover dans ses approches méthodologiques …” (p.65).
La seconde partie du livre, intitulée “Les concept en oeuvre”, s’ouvre sur un essai de P.Clément qui passe en revue les diverses approches historiques et contemporaines concernant l’épistémologie des conceptions. Il conclût “Ce n’est plus l’âme extérieure a l’homme, transcendante, qui contrôle ses pensées; ce n’est plus la prédestination divine, qui fut relayée par le prédéterminisme génétique; c’est la construction de chaque individu à partir de son génome humain, grâce auquel son cerveau humain se structure en fonction de son histoire propre, de son environnement singulier, en émergences uniques porteuses des créations cognitives de chacun de nous.” (p.88)
Les 180 pages qui suivent comportent quinze études sur le rôle des conceptions préalables dans l’enseignement en autant de sujets différents – de la vie sociale des fourmis à la circulation du sang et la fonction des enzymes. Dans les dernières 26 pages A.Giordan présente son interprétation des “Théories contemporaines sur l’apprentissage” dont il caractérise onze. C’est Évidemment une entreprise subjective, et rien n’oblige le lecteur d’être d’accord avec tous les jugements énoncés.
Ce livre constitue un précieux catalogue des préconception auxquelles l’enseignant aura affaire dans un grand nombre de domaines de la biologie. Basés sur une orientation constructiviste, selon laquelle le savoir des apprenants est toujours le résultat de leurs propres activités mentales, les auteurs expliquent pourquoi il est absolument indispensable de tenir compte des conceptions dont l’apprenant dispose au début de l’instruction.
S’il y a une faiblesse dans cet oeuvre, c’est qu’il n’y ait pas fait mention du fait que les associations formées par les apprenant entre les termes scientifiques et leurs concepts ne sont pas non plus sous le contrôle directe de l’enseignant, parce que la constructions des significations des mots est elle aussi guidée par l’expérience subjective.
(Note: Je remercie Eliane Orlandi pour l’effort de rendre mon écrit dans un français acceptable.)
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