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Im Rahmen dieser Plattform schien es sinnvoll, einen Text, der den wissenschaftlichen Werdegang von Fritz Peter Kirsch nachzeichnet, zu reaktualisieren (zuerst erschienen in: Cahiers francophones d'Europe Centre-Orientale 11 2001, 57-78)

A la recherche de l’interculturel

Avant la Francophonie, c’est le pays d’oc qui aimante les recherches de l’étudiant. Au début des années 60, préparer une thèse sur la littérature occitane contemporaine à l’ombre de Saint-Sernin de Toulouse, [1] cela signifie tomber dans un temps faible du mouvement occitaniste, entre les promesses de l’après-guerre et l’essor autour de 68. Pour s’assurer que cette littérature existe, il faut aller fouiller les fonds les plus poussiéreux des bibliothèques, fréquenter les libraires spécialisées, chercher le contact avec les rares personnes pouvant donner des renseignements précis. Peu à peu, en obtenant des entrevues avec les écrivains et les universitaires, en discutant avec les militants du félibrige ou de l’Institut d’Études Occitanes, en faisant des enquêtes auprès des lycéens et des étudiants et en écoutant ce que disent les gens du pays l’étudiant découvre une terra incognita pleine de charme et riche de contradictions. Avec cet étonnement profond qui finira par être le moteur faisant avancer une carrière universitaire, l’étranger aventureux fait le tour d‘une littérature à la fois caractérisée par une grande originalité et une condition pour ainsi dire de clandestinité étant donné qu’elle n’est connue que par des initiés et ignorée par les média parisiens, donc du „grand public“ français et européen.  Alors, les recherches font naître l’engagement. On a envie de crier à l’injustice et de chanter les gloires d’une culture méconnue que des siècles de centralisme impénitent n’ont pas réussi à étouffer. Cependant, l’enthousiasme suscité par la lecture d’auteurs comme Max Rouquette, Jean Boudou, Bernard Manciet etc. ne saurait faire disparaître les ombres au tableau d‘une littérature vivant d’expédients depuis l’automne du Moyen Age et résistant tant bien que mal aux facilités du provincialisme. D’autres chercheurs non français travaillant à la même époque sur des problèmes semblables, [2] mettent l’accent sur les malheurs historiques de la littérature d’oc condamnée depuis plusieurs siècles à une existence marginale. Dans cette optique, les aspirations à l’autonomie, d‘intensité variable selon les époques et produisant des résultats inégaux, représentent l’envers d’une dépendance fondamentale, de sorte que les histoires de la littérature d’oc, en brossant le tableau d’une production riche et ininterrompue depuis le XIIe au XXe siècle, courent le reproche de ne peindre que le versant brillant de la médaille. [3]

En méditant cette ambivalence, l’étudiant se rend compte que l’existence d’écrivains modernes et contemporains de langue occitane, nonobstant les barrières érigées par le centralisme, n’a pas complètement échappé à l’attention des historiens français de la littérature. En 1958 avait paru le troisième tome de l’Histoire des littératures dans lequel l’Encyclopédie de la Pléiade avait réuni les Littératures françaises, connexes et marginales. [4] Après avoir présenté, sur 1363 pages, la littérature française proprement dite, le volume en question ne consacre que 196 pages à un ensemble de productions comprenant: la Littérature d’expression française dans la France d’outre-mer et à l’étranger, les Littératures dialectales du domaine d’oïl, les Littératures du domaine d’oc, la Littérature basque, la Littérature alsacienne et L’Argot dans la littérature. Le chapitre traitant des littératures d’expression française hors de France a été rédigé par Auguste Viatte qui, beaucoup plus tard, publiera une Histoire comparée des littératures francophones [5] où il se produira en tant que chantre d’une francophonie littéraire dont la floraison dépend de l’apport fertilisant de la source Paris. [6] Au cours des années 1970, un fin connaisseur des littératures africaines de langue française, Bernard Mouralis, tentera d’assouplir les conceptions francocentriques de Viatte en se faisant l’avocat des „contre-littératures“ injustement négligées par les manuels d’histoire littéraire:

En somme, l’ouvrage idéal serait celui qui, parallèlement à la littérature traditionnellement reconnue comme telle, traiterait les domaines suivants: littérature orale, littérature „populaire“ d’hier (la littérature de colportage ou le roman populaire du XIXe siècle) et d’aujourd’hui (roman policier, photo-roman, etc.), graffitis, écrits des „fous littéraires“ et des fous, textes relevant de ce que Jean Dubuffet appelle „l’art brut“, littératures „régionales“, chansons, littératures des pays anciennement colonisés écrites en français, annuaires, catalogues de vente par correspondance, prospectus, presse, textes publicitaires – oraux et écrits – etc. [7]

De telles citations jettent une lumière étrange sur la façon dont l‘historiographie littéraire française de la seconde moitié du XXe siècle pose le problème des rapports entre la littérature avec majuscule, „traditionnellement reconnue comme telle“ [8] et le grouillement de productions „autres“ à la fois attirées et marginalisées par le centre prestigieux. Le chercheur constatera chemin faisant que même les plus récents des manuels publiés en France restent fidèles à la vieille conception globalisante qui confère aux littératures non-hexagonales le cachet d’un grand ensemble à la fois divers et uni, alors que le point de vue à partir duquel on étudie cette gamme de particularismes complémentaires n’est mis en question que dans la mesure où l’on regrette que la France ne s’intéresse pas davantage aux productions littéraires s’épanouissant au-delà de ses frontières. [9] Même en reconnaissant la maturité de telles productions, les historiens de la littérature ont du mal à les voir autrement que comme un objet rendu cohérent par la communauté de langue.     

Mises ensemble, ces littératures n’ont plus rien de périphérique, mais forment un immense corps littéraire mondial décentralisé, dont le dynamisme exceptionnel devrait nous amener à une redéfinition globale des objets de l’analyse littéraire. [10]  

Confronté à une telle représentation quasi mythique, peu compatible avec ce principe methodologique qui exige que l’analyse scientifique tienne compte du contexte historique et socioculturel dans lequel elle s‘effectue, le chercheur étranger voit apparaître, dans son for intérieur, l’image d‘une immense poule hexagonale entourée de poussins métaphoriquement figurés par toutes ces productions petites, jeunes ou mineures dont l’épanouissement dépend de la fécondité des échanges qui les rattachent à leur origine parisienne. [11] Ces enfants-là, il est vrai, ont grandi et ne ressemblent pas (ou ressemblent de moins en moins) à leur maman. Par conséquent, il paraît légitime de se demander si l’analyse, au lieu de succomber aux charmes trompeurs d’une imagerie de grande famille harmonieuse, ne ferait pas mieux de mettre l’accent sur le dynamisme émancipatoire et, pour tout dire, l’individualité fondamentale de littératures qui, au fur et à mesure que l’observateur tient compte de leur évolution, ne sauraient plus être rapprochées des graffiti et des catalogues de vente. Pourtant, en négligeant certaines affinités on tomberait dans l’erreur contraire. En passant la mer pour se familiariser avec des littératures d’expression française de plus en plus lointaines, le chercheur découvre des ressemblances frappantes entre ces littératures-là et le domaine d‘oc dont les malheurs avaient suggéré aux théoriciens de l’occitanisme la conception du „colonialisme intérieur“. [12]

Reste à savoir par quels instruments théoriques et méthodologiques on pourra rendre justice aux nuances qui distinguent les rapports de dépendance – coloniale ou autre – au sein de cette pluralité intercontinentale soumise aux changements rapides qui s’accommode mal à l’étiquette unitariste de „francophonie“. [13] Certains chercheurs, comme par exemple Jacqueline Arnaud, [14] se sont montrés sceptiques quant à la légitimité d’une mise en parallèle des cultures „régionales“ à l’intérieur de l’hexagone et des clivages caractérisant le Maghreb ou l’Afrique subsaharienne. [15] Il est pourtant difficile de mettre en doute certaines analogies qui existent entre les naissances et les rythmes d’évolution des littératures „dominées“, alors qu’on chercherait en vain de tels phénomènes du côté des Lettres françaises. Les phases distinguées par certains spécialistes des littératures du Maghreb (phase „ethnographique“, phase de l’aliénation et de la recherche d’identité, phase de l’engagement) [16] s’appliquent non seulement, mutatis mutandis, aux productions subsahariennes, [17] mais aussi à la littérature d’oc des XIXe et XXe siècles. [18] Pour l’explication de ces analogies, les théories de Frantz Fanon nées dans le contexte de la décolonisation nord-africaine [19] semblent ouvrir des perspectives promettrices. Ainsi, la tendance des colonisés à résister à la suprématie des colonisateurs par une attitude de repliement conservateur se manifesterait, du côté des littératures „mineures“, comme une propension au traditionalisme folklorisant. Au fur et à mesure que la société dominée réussirait à améliorer sa situation socio-politique, la littérature emprunterait la voie conduisant vers des positions de moins en moins conformistes. Ainsi, la diversité des littératures minoritaires ou dominées peut prendre l’aspect d’une gamme de rapports de dépendance s’articulant dans chaque cas individuel selon le rythme d’un dépassement progressif de l‘aliénation née d’un rapport inter- et transculturel de type colonial. Or, les nombreux inconvénients d’une telle conception ont vite fait de sauter aux yeux du jeune chercheur. Orienter dans le sens de la décolonisation l’histoire littéraire des cultures „connexes“ signifie courir le risque de s’égarer dans les impasses où ont déjà échoué les efforts de ceux qui voulaient tout expliquer par la lutte des classes. N’oublions pas, d’autre part, qu‘il existe des francophonies, en Suisse et en Belgique, qui échappent totalement à l’histoire de l’empire colonial français. Et, somme toute, si les ressemblances existent, les différences abondent. Au moment de la „Révolution tranquille“, des écrivains québécois ont voulu considérer leurs compatriotes comme des „nègres blancs d’Amérique“. Mais un tel fait ne s’éclaire, en premier lieu, que grâce à des recherches tournées vers les problèmes spécifiques de l’Amérique du nord, même s’il arrive que des romanciers québécois mettent en scène des protagonistes africains [20] et même si des Africains méditent sur ce qui rapproche leur situation de celle des Canadiens de langue française. [21]

Vers la fin des années 1970, le chercheur a fait son entrée dans les rangs de l’“establishment“ universitaire. Alors, au lieu de se complaire dans sa nouvelle dignité, il se sent plus étudiant que jamais. Réfractaire à l’idée de s’installer commodément dans un des domaines de recherche qui, au fil des années, ont sollicité son attention, il doit se rendre compte, pourtant, que le nomadisme interculturel qui le tente toujours comporte des leçons d’humilité exigeant la mise en question permanente des propres démarches. En s’interrogeant sur les contacts et conflits entre cultures, on peut étudier la langue d’oc et le catalan, méditer sur les poèmes frioulans de Pier Paolo Pasolini, apprendre le roumain pour mieux comprendre les clivages déterminant les destinées d’une culture marginale dans un contexte européen. Sur le plan des francophonies, on entre sans difficultés dans le conflit des „peuples fondateurs“ du Canada tel qu’il se traduit au niveau des  littératures francophone et anglaise. Mais au fur et à mesure que l’horizon s’agrandit, face à la littérature celtique de la Bretagne, aux productions amérindiennes, à l’arabe, aux richesses de l’oralité berbère, subsaharienne, etc. etc., le bon sens rappelle qu’en embrassant trop on risque de mal étreindre. La francophonie africaine n’est qu’un élément parmi bien d’autres dans une mosaïque de contacts et de conflits  embrassant des siècles d’histoire qu’il faut explorer à fond pour que naisse, par exemple, un monument de sagacité et d’érudition tel que l‘étude consacrée par Werner Glinga à la vie littéraire au Sénégal. [22] Mais ce livre exemplaire concerne la seule Afrique, plus précisément un seul pays d‘Afrique.

            Comment entamer des recherches d’orientation générale sur les littératures francophones sans tomber dans les pièges qu’on vient de mentionner ? Le chercheur d’Europe centre-orientale lecteur assidu des fables de Jean de La Fontaine se rend compte que sa situation ressemble fort à celle du paysan du Danube étant donné que son point de vue restera toujours extérieur à ce qu’il voudrait mieux comprendre, à savoir la France centralisée avec ses minorités linguistiques et les francophonies autour de la planète. Cette situation  constitue à la fois une faiblesse et un avantage. On peut reprocher à l’observateur de rester éternellement en dehors et à l’écart de ce qui se passe „dedans“. D’autre part, même sans être un Huron de l’époque de Voltaire, il a la chance de jeter un regard à la fois ingénu et lucide sur un monde à tant d’égards différent du sien propre. Des encouragements et des suggestions lui viendront encore des études occitanes auxquelles il doit l’habitude d’examiner la périphérie à partir du centre et le centre à partir de la périphérie. Dans une série d’importants essais publiés en langue française, Robert Lafont a bien mis l’accent sur la dialectique du Sud et du Nord en tant que donnée fondamentale de l’histoire de France. [23] Mais ces ouvrages traitent des rapports politiques, de l’économie, des structures sociales. En faisant le tour du phénomène de la centralisation, Lafont souligne l’importance capitale de la Grande Révolution dont les dirigeants ont commencé par tenir compte des réalités culturelles des communautés existant sur le territoire français, pour assumer dans un deuxième temps l’héritage de l’Ancien Régime en optant pour un unitarisme radicalement hostile à tout ce qui s’écarte des normes – linguistiques et autres – qui émanent de Paris. Ainsi, la France, freinée dans son évolution vers la démocratie globale par une rechute dans le péché originel du pouvoir instauré par en haut se présente, selon Robert Lafont, sous l’aspect d‘une „nation aliénée“ qu’un régionalisme intelligent (c’est-à-dire débarrassé de ses scories réactionnaires) pourrait remettre sur la bonne voie. L’observateur constate avec étonnement que cette vision en quelque sorte dialectique des rapports France-Occitanie ne trouve pas son application systématique dans les études que Lafont a consacrées à la littérature, dans le livre important sur Mistral, par exemple, ou dans les analyses de la littérature occitane de l’ère baroque. [24] Tout se passe comme si, au cours des années 1960 et 1970, le penseur le plus intrépide de l’occitanisme était aux prises avec les mêmes réticences qui empêchent les historiens des littératures francophones d’affronter en même temps (et de façon contrastive) les problèmes des littératures „connexes, jeunes et mineures“ et ceux de la „littérature avec majuscule“. [25] Bientôt, il est vrai, viendra l’ère des „Postcolonial Studies“ qui, avec Edward W. Said, [26] affirmeront avec force que dans les conflits entre cultures celle qui domine ne porte pas moins l’empreinte du clivage que celle qui est dominée. Mais cette conception largement développée dans Culture et impérialisme est encore très implicite dans Orientalisme disponible dès la fin des années 1970. À cette époque-lá, le chercheur d’Europe Centre-Orientale est toujours à la recherche d’une base theorique et méthodologique assez solide pour structurer ses propres recherches encore tâtonnantes.

Une telle base, cela s’impose, doit être assez large pour soutenir des études portant non seulement sur la périphérie mais aussi sur le centre et, de façon générale, sur ce jeu de rayonnement et d’attraction qui a fait naître des clivages historiques dans le jeu desquels s’inscrivent les littératures. Le regard qui s’est dirigé d’abord vers les littératures de plus en plus lointaines doit changer de direction pour tomber sur cette production prestigieuse, s’épanouissant du XIIe au XXe siècle, qui a imprégné la mémoire des publics cultivés d’Europe à tel point qu’elle paraît être à la fois familière et universelle. Ce regard sera libre de toute animosité à l’égard de la culture dominante. Il constatera simplement (mais c’est peut-être ça l’hérésie !) que l’emprise de la littérature française sur d’autres littératures s’explique par l’évolution particulière des rapports interculturels en France même aussi bien que dans le contexte des francophonies, et que le discours universaliste construisant la prédominance politique et socio-culturelle du centre à partir de qualités supérieures de sociabilité et d’humanité inhérentes à un idéal de civilisation [27] est le produit de ladite évolution.  

Dans cette période de questionnement, les travaux du sociologue et historien Norbert Elias ont fourni quelques réponses d’importance primordiale. Le théorême du processus de civilisation tel qu’il se dégage progressivement des études publiées par ce chercheur au cours d’une carrière universitaire à la fois brillante et semée d‘embuches [28] réunit plusieurs avantages dont l’étude des francophonies et de leurs littératures peut tirer profit. Selon Elias, la naissance et l’épanouissement d’une culture va de pair avec l’établissement de rapports de pouvoir qui président également à la création d’entités politiques (États, empires, régions plus ou moins autonomes). Réunie autour d’un centre de pouvoir princier ou royal, une élite composée de plusieurs classes ou instances sociales apprend à contrôler ses impulsions affectives et à rationaliser son comportement en créant ainsi un système de normes et de

valeurs susceptible de réduire les antagonismes entre les différents „joueurs“ [29]   (par exemple,

dans la France du XVIIe siècle: royauté, noblesse d’épée, noblesse de robe, haute bourgeoisie, clergé, intellectuels). Dans la mesure où la „société polie“ et ses valeurs atteignent un certain degré d’équilibre et de maturité, le processus d‘auto-éducation collective commence à entraîner des catégories sociales qui, de prime abord, se situent en dehors des milieux brillants faisant cercle autour du pouvoir. Pendant que les normes à l’élaboration desquelles la littérature prend une part non négligeable entrent en concurrence avec des systèmes culturels en vigueur dans d’autres centres de pouvoir européens (dès le début du XXe siècle, des cultures non-européennes se joindront au concert), les couches inférieures de la société à l’intérieur du territoire dominé, ainsi que les régions „exotiques“ annexées au cours de l’histoire sont marquées par le sceau de la non-civilisation et font l‘objet d’un effort d‘assimilation dont l’intensité varie selon les époques.

En analysant, dans quelques ouvrages d’importance capitale, comment un pouvoir princier ou monarchique s’organisant dans le cadre d‘une Cour (dont une Ville finira par prendre la relève) a pu assumer les fonctions d‘un laboratoire faisant naître des modèles et des modes, Norbert Elias propose en fait une théorie de la centralisation examinée par rapport à son impact sur la culture française qu’elle a fait naître. L’auteur a esquissé lui-même des interprétations d’autres „cas“: celui de l’ Angleterre et celui de l’ Allemagne. [30] Par contre, il ne s’est jamais penché sur les problèmes que soulèvent les rapports de domination politique, sociale et culturelle. Par conséquent, il a fallu comprendre que le théorême du processus de civilisation avait besoin d’être développé et complété, et cela même dans son application au contexte français. [31] Car bien des indices permettent de penser que l’“honnêteté“, cet idéal élaboré par la „société polie“ de la France moderne et qui se présente sous l’aspect d’un ensemble standardisé d’attitudes morales, de règles et de comportements sociaux, de normes linguistiques, stylistiques et autres, a fait preuve, au cours de l’histoire, d’une capacité d’adaptation qui a assuré, même au-delà des révolutions nombreuses dont elle a subi les secousses, la permanence de certains traits essentiels. Nommons, parmi ces traits, le contrôle de l’affectivité et la rationalisation des comportements sociaux qui permettent à l’homme civilisé de maîtriser et de dépasser la „nature“ (c’est-à-dire son propre psychisme et l’univers matériel qui l’environne). Pour se renouveler et se rajeunir, ce système normativ des valeurs dominantes a toujours eu besoin de „domaines barbares“ fonctionnant à la fois comme réservoirs de fraîcheur naturelle et terrains de mission où la civilisation dominante pouvait déployer son énergie et développer ses forces en soumettant et assimilant les altérités.

C’est notamment la formation d’états d’équilibre relatif entre les „joueurs“ sociaux que Norbert Elias désigne du terme de configuration, qui appelle la comparaison avec d’autres approches tentant d’élucider des jeux de forces d‘ordre socio-culturel et socio-historique. Il a fallu tenir compte de la conception de champ littéraire proposée par Pierre Bourdieu, [32] ainsi que des réflexions des chercheurs belges et allemands concernant la littérature en tant qu‘institution. [33] Mentionnons aussi Niklas Luhmann et le nombre croissant de chercheurs qui se réclament de sa théorie des systèmes. [34] Toutes ces théories se situent à un niveau d’abstraction où l’on examine plutôt les mécanismes socio-historiques par lesquels fonctionne „la littérature“ en général s’identifiant, de façon plus ou moins sous-entendue, à la production de l’Europe occidentale du XVIIIe au XXe siècles. [35] La conception d‘Elias, par contre, tout en faisant alterner des „paliers“ où les conflits semblent céder le pas aux arrangements consensuels  et des périodes de subversion et de rupture, repose somme toute sur une vision privilégiant la longue durée et le cas spécial. En appliquant le théorême du processus de civilisation, on a pu retracer l‘histoire d’un genre littéraire, du roman français, par exemple, en suivant les avatars des efforts normatifs et des phases contestataires depuis la société courtoise du XIIe siècle jusqu’aux narrateurs/scripteurs contemporains. [36] Lorsque la littérature française apparaît dans son rôle d’élément catalysateur au service d‘une culture dominante, elle se débarrasse de cette mythologie de l’universel que les manuels ont eu tant de mal à situer dans les contextes historiques qui l’ont fait naître. Ainsi, cette littérature, désormais littérature „comme les autres“, peut prendre sa place au sein du jeu des concurrences et des échanges de l’interculturalité. Désormais, parmi les discours scientifiques dont elle est l‘objet, il pourra y avoir également celui qui thématise les francophonies. [37]

Il a donc fallu aborder la littérature française au sens strict en braquant le phare des recherches sur des auteurs apparemment bien connus, mais en fait susceptibles d’être interprétés autrement, en perspective francophonisante. Ainsi, la recherche d’absolu, chez Victor Hugo, a fini par révéler ses fonctions en tant qu’instrument de civilisation servant à absorber les forces „centrifuges“ (sauvagerie du social, pulsions anarchico-irrationnelles, altérités de toutes sortes) que les révolutions françaises depuis 1789 ont eu tendance à mettre en liberté. [38] Dans le cadre des études consacrées au XXe siècle, l’intérêt du chercheur s’est porté surtout vers la façon dont les écrivains français se rapprochent parfois de leurs confrères nord-africains pour prendre aussitôt les distances exigées par leur propre conditionnement culturel. Des clivages se sont manifestés, du Michel Tournier de La Goutte d’or confronté à la littérature maghrébine [39] à Antoine de Saint-Exupéry envisagé à partir des oeuvres de Mohammed Dib. [40] Une attention particulière a été vouée à la littérature franco-algérienne  émergeant à partir de l’algérianisme pour déboucher sur la tentative d’Albert Camus de réconcilier son sentiment de la „nature“ nordafricaine avec l’héritage hexagonal de l’honnêteté héroïque. [41] À un tout autre niveau se situe le rêve de „noces interculturelles“ qui traverse les oeuvres de la romancière et cinéaste algérienne Assia Djebar. [42]

 En se penchant sur les francophonies du continent africain, on ne saurait s’empêcher de se sentir en présence de processus de civilisation perturbés, de façon plus ou moins grave, par le colonialisme et ses conséquences qui sont souvent loin de disparaître au moment des indépendances. Dans le contexte maghrébin, l’Algérie semble représenter un cas particulier étant donné que les cultures autochthones ont été beaucoup plus affectées par la présence européenne qu’au Maroc ou en Tunisie. Ainsi, les premières générations d’écrivains francophones après l’indépendance évoluent dans une espèce de vide où tout est à repenser et à reconstruire, à commencer par l’établissement des „joueurs“ sociaux symbolisés par exemple chez Kateb Yacine par les pères et les fils faisant cercle autour de Nedjma, personnage emblématique incarnant la „bâtardise“ algérienne. [43]

Chez les auteurs de l’Afrique subsaharienne post-coloniale, le désespoir face à l’impossibilité d’un vrai dialogue soit à l’intérieur des sociétés soit avec l’Europe se traduit par des éruptions aussi violentes que celle qui s’observe chez Yambo Ouloguem. [44] Avant qu’un jeu social puisse s’établir en aspirant à un équilibre tout précaire soit-il, il faut s’interroger sur le statut, les fonctions et les limitations des instances sociales pouvant assumer le rôle de joueurs au sens que Norbert Elias confère à ce terme. Les écrivains africains, depuis les années 1960, se sont acquittés de cette tâche en faisant preuve d’une grande lucidité allant de pair avec une volonté d’analyse systématique des différents acteurs (tels que le chef traditionnel, l’intellectuel déraciné, l’Européen, le révolutionnaire, etc.) [45]

Au Canada francophone, par contre, une configuration relativement stable mettant en présence le clergé et des éléments bourgeois plus ou moins traditionalistes s’est établi dans la première moitié du XIXe siècle. L’élaboration d’un système dominant de normes et de valeurs – la fameuse idéologie de survivance – rappelle l’émergence de l’idéal d’honnêteté pendant les grands siècles de la France moderne, à la différence près que le rayonnement des normes franco-canadiennes a été toujours très réduit. Les influences extérieures, au lieu de se laisser marginaliser en tant que „barbarie“ élémentaire, prennent le visage de tout un continent dominé par les „autres“, de sorte que le système culturel ayant cours chez les francophones exerce une domination pleine d’incertitudes, de contradictions, et se présente plutôt comme la recherche incessante d’un équilibre viable. [46] À la lumière de cette dialectique de l’enracinement et de l’américanité, la fameuse Maria Chapdelaine de Louis Hémon, ce Breton inspiré par le régionalisme français et occitan, se révèle être le fruit d’un malentendu fécond. [47] Par contre, un effort particulièrement vigoureux visant à réconcilier le dedans et le dehors a été accompli par la narratrice manitobaine et québécoise Gabrielle Roy. [48] Après la „Révolution tranquille“, lorsque la configuration des „joueurs“ socio-culturels aura changé, la permanence de la recherche d’équilibre s’observe, par exemple, chez Yves Beauchemin. [49]

   Évidemment, l’approche pratiquée par l’observateur d’Europe centrale peut susciter des objections. À une époque où tant d’efforts convergent vers une vision non-identitaire de la culture, une analyse portant sur l’évolution des littératures examinées individuellement dans leur contexte spécifique peut paraître rétrograde. Si les chercheurs orientés vers les les „Postcolonial Studies“ ou les „Cultural Studies“ se rapprochent des conceptions d’Elias dans la mesure où ils mettent l’accent sur l’impact des rapports de pouvoir dans le domaine des Arts et des Lettres, ils s’en écartent dans la mesure où ils se méfient de tout ce qui rappelle le culte des littératures „nationales“ et le carcan identitaire. [50] On peut se demander, d’autre part,

 s’il ne faut pas intensifier l’étude de la formation de normes et de valeurs standardisées, de peur que les mythes trop lestement évacués ne s’insinuent de façon subreptice, un peu comme les chauvinismes qu’on avait cru morts et enterrés et qui se réveillent parfois en faisant preuve d’une vitalité redoutable.

Tôt ou tard, le chercheur danubien s‘est rendu compte que son regard avait tendance à se ramener en arrière, vers son point de départ. Cette vision grâce à laquelle les francophonies s’organisent comme une immense diversité intercontinentale, où les voisinages et les points de contact ne portent pas atteinte aux individualités puissantes, tendait à englober d’autres paysages, ceux de la Romania, bien sûr, avec la marqueterie culturelle de la péninsule d‘Italie, par exemple, ou avec l‘hispanophonie flanquée d’altérités amérindiennes et catalanes , mais aussi l’univers à la fois familier et étrange de l’Europe centre-orientale. Au tournant des années 1980, la chute des rideaux de fer a fourni l’occasion de jeter les bases d’une coopération plus étroite avec les francophonisants d’un espace à la fois uni par des souvenirs communs et déchiré par des antagonismes politiques. Si les directeurs des Cahiers francophones fondées en 1991 ont voulu considérer la „Francophonie“, dans l’avis aux lecteurs du premier numéro, comme „l’ensemble des cultures/civilisations de langue française portant l’empreinte d’échanges et de conflits sociaux, linguistiques et autres à l’intérieur d’États pluriculturels“ [51] , ils étaient bien conscients des rapports qu’un tel discours entretenait avec des attitudes et des mentalités dont les racines plongeaient dans le sol de leur propre histoire. S’il est tentant de partir, avec Claudio Magris, à la recherche de ce qui reste d’une certaine oikumène mitteleuropéenne [52] , il n’importe pas moins de méditer, avec Jacques Le Rider, par exemple, sur la façon dont des littératures complémentaires et néanmoins autonomes ont réagi aux normes élaborées par les élites d‘un empire multinational rongé par ses propres contradictions. [53] Car cette histoire, loin d’être finie, nous tient d’autant plus fermement que nous tentons de nous établir dans le présent d’une universalité apparemment neutre et harmonieuse, en réalité facilement récupérable par des chauvinismes de tout poil.

                                                                                              Fritz Peter Kirsch



[1] Cf. F. Peter Kirsch, Studien zur languedokischen und gaskognischen Literatur der Gegenwart, Wien-Stuttgart, Braumüller, 1965.

[2] Cf. notamment Fausta Garavini, L’Empèri dóu soulèu. La ragione dialettale della Francia d’oc, Milano-Napoli, Ricciardi, 1967; Id. La Letteratura occitanica moderna, Firenze, Sansoni, 1970.

[3]   Cf. Charles Camproux, Histoire de la littérature occitane, Paris, Payot, 1953; Robert Lafont/Christian Anatole, Nouvelle Histoire de la littérature occitane, Paris, PUF, 1970; Jean Rouquette, La Littérature d’oc, Paris, „Que sais-je ?“ Gallimard, 1980 (1963).

[4] Encyclopédie de la Pléiade, Histoire des Littératures III. Littératures françaises, connexes et marginales, volume publié sous la direction de Raymond Queneau, Paris, Gallimard, 1967 (1958).

[5]   Auguste Viatte, Histoire comparée des littératures francophones, Paris, Nathan, 1980.

[6]    Ibid., 3.

[7]   Bernard Mouralis, „Les littératures dites marginales ou les „contre-littératures“, in: L’Histoire littéraire aujourd’hui, sous la direction d’Henri Béhar/Roger Fayolle, Paris, Colin, 1990, 34. Cf. aussi: Bernard Mouralis, Les Contre-littératures, Paris, PUF, 1975. La tendance à mettre une grande diversité de phénomènes culturels dans le même sac pour les opposer, sans distinction, à la normalité dominante se retrouve, vers la même époque, dans Gilles Deleuze/Félix Guattari, Kafka. Pour une littérature mineure, Paris 1975.

[8]   Bernard Mouralis, „Les littératures dites marginales...“, 34.

[9]   Cf. Dominique Combe, Poétiques francophones, Paris, Hachette, 1995,

[10]    Charles Bonn/ Xavier Garnier/ Jacques Lecarme (dir.), Littérature francophone, I: Le Roman, Paris, Hatier, 1997, 18. Cf. aussi Charles Bonn/ Xavier Garnier, Littérature francophone, II: Récits courts, poésie, théâtre, Paris, Hatier, 1999.

[11] F. P. K., „Du bon usage des fausses clefs. La littérature maghrébine d'expression française vue à partir de l'oeuvre d'Albert Camus“, französisch heute 1. März 1986, 84.

[12] Pour la première fois, cette conception a surgi, semble-t-il, dans l’article de Claude Brindillac, „Décoloniser en France“, Esprit 1957. Cf. aussi Robert Lafont, Décoloniser en France. Les régions face à l’Europe, Paris, Gallimard, 1971; Id., „Le Colonialisme intérieur“, in: R. L., La Nation, l’État, les régions, Paris, Berg, 1993, 81-90.

[13]    Cf. Marc Quaghebeur, „Francophonie, ton nom s’écrira avec un «s» à la fin“, Cahiers francophones d’Europe centre-orientale 3 1993, 51-58.

[14] : "Les partisans de la "France régionale" assimilent aujourd'hui la francisation aux dépens des parlers maternels à une colonisation. Les circonstances dans lesquelles le français s'est imposé dans les écoles des provinces ne comportaient pas, toutefois, des brimades d'ordre politique." (Jacqueline Arnaud, Recherches sur la littérature maghrébine de langue française. Le cas de Kateb Yacine, Lille-Paris 1982, T. 1, 124). D’autre part, Albert Memmi a non seulement consenti à la traduction de son Portrait du colonisé en occitan, mais aussi manifesté une sympathie prudente à l’égard des mouvements minoritaires en France (Cf. Albert Memmi, Retrach del colonisat, revirat del francés per Cristian Rapin, Valderiès, Documents „Vent terral“, 1983).

[15]   Lors d’un colloque consacré à l’écrivain occitan Max Rouquette, la discussion qui a suivi l’intervention de l’auteur de ces lignes a clairement montré les réserves adoptées par une partie du public face à l’idée d’une Occitanie considérée comme une „première francophonie“. Cf. "‘Dau manit es la patria lo païs qu'a pas jamai vist‘. Enracinement et ubiquité chez Max Rouquette“, in: Max Rouquette, Actes du Colloque international, Montpellier 8 octobre 1993, réunis p. Philippe Gardy/François Pic, Montpellier, Section française de l'AIEO, 1994, 72 - 85.

[16]   Notamment Jean Déjeux, Charles Bonn, Almut Groos, Abdelkebir Khatibi, Isaac Yetiv.

[17]   Sur le problème de la périodisation des littératures africaines cf. János Riesz, „Die Literaturen Schwarzafrikas in französischer Sprache“, in: Kindler’s Neues Literatur Lexikon, München 1992, T. 19, 1035-1045.

[18] F. P. K., Okzitania und Frankophonie – Probleme der literaturhistorischen Periodisierung“, in: Europäisch-afrikanische Literaturbeziehungen, Komparatistische Hefte 1 1980, 21 – 30.

[19]    Cf. Frantz Fanon, Sociologie d’une révolution, Paris, Maspéro, 1966 (L’An V de la révolution algérienne, Paris, Maspéro, 1959).

[20]   Cf. Hubert Aquin, Trou de mémoire, Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1968.

[21]    Cf. Abdoul Doukouré Dukulé, „Afrique-Québec: deux francophonies“, Présence francophone 26 1985, 45-56.

[22]    Cf. Werner Glinga, Literatur in Senegal. Geschichte, Mythos und gesellschaftliches Ideal in der oralen und schriftlichen Literatur, Berlin, Reimers, 1990.

[23]    Cf. Robert Lafont, La Révolution régionaliste, Paris, Gallimard, 1967; Id., Sur la France, Paris, Gallimard, 1968; Id., Décoloniser en France. Les régions face à l’Europe, Paris, Gallimard, 1970; Robert Lafont (dir.), Le Sud et le Nord, dialectique de la France, Toulouse, Privati, 1971; Autonomie, de la région à l’autogestion, Paris, Gallimard, 1976; Robert Lafont/A. Armengaud, Histoire d’Occitanie, Paris, Hachette, 1979; Robert Lafont, Le Dénouement français, Paris, Pauvert-Suger, 1985; La Nation, L’Ètat, les régions, Paris, Berg International, 1993.

[24]    Cf. Robert Lafont, Mistral ou l’illusion, Paris, Plon, 1954; Id., Renaissance du Sud. Essai sur la littérature occitane au temps de Henri IV, Paris, Gallimard, 1970.

[25]    Dans ses recherches les plus récentes sur l’épopée médiévale, par contre, Lafont s’oriente résolument vers une vision contrastive de la littérature. Cf. Robert Lafont, „Pour rendre à l’oc et aux Normands leur dû: genèse et premier développement de l’art épique gallo-roman“, Cahiers de Civilisation médiévale 42, 1999, 139 – 178.

[26]    Cf. Edward W. Said, Orientalisme, Paris, Seuil, 198O (1978);  Culture et Impérialisme, Paris  (1993).

[27]    Les textes proclamant cette supériorité sont nombreux. Les arguments dont les théoriciens de la langue, depuis la Grammaire de Port-Royal et le Discours de Rivarol, se servent pour appuyer la thèse des avantages de la langue française s’appliquent, chez Edmond Jaloux par exemple, à la littérature: „Des troubadours et des fabliaux aux moralistes du XVIIe siècle, de Voltaire et de Montesquieu à Balzac et à Marcel Proust, notre littérature a tendu à faire de la personnalité humaine une figure capable de remplir pleinemen son destin et de s’intégrer à son ensemble. Elle n’est point civique et théopathique comme la grecque; légiférante et rhétoricienne comme la romaine; insularisante comme l’anglaise; mythique et cosmique comme l’allemande; schizophrénique et réaliste comme l’espagnole. Elle compare les hommes entre eux et les oppose les uns aux autres. Elle n’a point pour étalon Dieu, ou la Nature, ou la Loi, ou l’Énergie. L’individu y est seul juge de l’individu. (...) Son rêve est d’aboutir à une aristocratie générale de tous les êtres, quelle que soit la classe sociale dont ils sont issus (...)“ (Edmond Jaloux, „Préface“, Introduction à l’histoire de la littérature française I, Genève 1946, 20).  

[28]   Sur cette carrière, cf. Hermann Korte, Über Norbert Elias. Das Werden eines Menschenwissenschaftlers, Frankfurt, Suhrkamp, 1988. Mentionnons les ouvrages de N. Elias qui se sont avérés être particulièrement utiles aux études littéraires: La Civilisation des moeurs, Paris, Presses Pocket, 1989 (Calmann-Lévy, 1977); La Société de cour, Paris, Flammarion, 1985 (Calmann-Lévy, 1974); Id. La Dynamique de l’Occident, Paris, Presses Pocket, 1990 (Calmann-Lévy, 1976); Qu’est-ce que la sociologie, La Tour d’Aigues, Éditions de l’aube, 1991.

[29]   „Le jeu n’est pas (...) une idée, un «idéal type» à partir duquel un sociologue peut en tirer des généralités, en étudiant en soi le comportement de chacun des joueurs, pour ensuite déduire, de certaines particularités communes à tous, les lois du comportement individuel. Ni le «jeu», ni les «joueurs», ne sont des abstractions. Il en va de même de la configuration que forment les quatre joueurs autour de la table. (...) Ce qu’il faut entendre par configuration, c’est la figure toujours changeante que forment les joueurs; elle inclut non seulement leur intellect, mais toute leur personne, les actions et les relations réciproques. Comme on peut le voir, cette configuration forme un ensemble de tensions. L’interdépendance des joueurs, condition nécessaire à l’existence d’une configuration spécifique, est une interdépendance en tant qu’alliés mais aussi en tant qu’adversaires“ (Norbert Elias, Qu’est-ce que la sociologie ?, 157).

[30]    Cf. notamment Norbert Elias, Studien über die Deutschen, Frankfurt/M., Suhrkamp, 1994 (1989).

[31] Cf. Fritz Peter Kirsch, „Les Thèses de Norbert Elias et l'histoire littéraire de la France“, littérature, nr. 84 décembre 1991, 96 - 1O8;  Id., „Sur l'utilité des travaux de Norbert Elias dans le cadre des études sur la littérature occitane moderne“, Colloque de Wégimont (Belgique), Bulletins de l'A.I.E.O  7 199O, 31 – 39; Id. „Zivilisationsprozeß und Kulturkonflikt. Romanistische Anmerkungen zum Werk von Norbert Elias“, in: Le français aujourd'hui. Une Langue à comprendre, französisch heute, Mélanges offerts à Jürgen Olbert, Frankfurt/M.(Diesterweg) 1992, 256 - 267.

[32] Cf. Joseph Jurt, Das literarische Feld. Das Konzept Pierre Bourdieus in Theorie und Praxis, Darmstadt, Wiss. Buchgesellschaft, 1995.

[33]   Cf. Jacques Dubois, L’Institution de la littérature, Bruxelles, Labor, 1978; Hans Sanders, Institution Literatur und Roman. Zur Rekonstruktion der Literatursoziologie, Frankfurt/M., Suhrkamp, 1981.

[34] Cf. Klaus-Dieter Ertler, „La Théorie des systèmes luhmanienne: un nouveau paradigme en sciences sociales ?“, Philosophiques, Revue de la Société de philosophie du Québec XXI, 1, Printemps 1994, 3-18.

[35] „On tiendra donc pour acquis que la littérature telle qu’elle est aujourd’hui reconnue correspond à un phénomène relativement limité à l’histoire de la formation sociale bourgeoise et lié à un procès d’autonomisation qu’impose la division du travail en système capitaliste.“ (Jacques Dubois, L’Institution de la littérature, 31.

[36] F. Peter Kirsch, Epochen des französischen Romans, Wien, WUV, 2000.

[37]   Cf. F. Peter Kirsch, „De Mistral à Senghor. La littérature d'oc et les littératures de la francophonie“, Actes de l’Université occitane d'été 1995 réunis par J. Peladan, Nîmes, MARPOC - IEO, 1996, 15O - 163.

[38]    Cf. Fritz Peter Kirsch, Probleme der Romanstruktur bei Victor Hugo, Wien, Akademie der Wissenschaften, 1973; Id., „Faut-il "francophoniser" l'histoire littéraire de l'hexagone ? Sur le "cas" Victor Hugo“, Colloque Langue - écriture - francophonie, Bruxelles mai 1991, in: Situations de l'écrivain francophone, Ed. P. Aron, Revue de l'Institut de Sociologie, Université Libre de Bruxelles, 199O - 91, 4 – 52; Id., „Victor Hugo et ‚nos petits romantiques de l'ombre‘“ in: Le Romantisme frénétique, recueil d'articles sous la direction de Jaroslav  Frycer et de F.P.K., Brno 1993, 27 - 42.

[39] Cf. Fritz Peter Kirsch, „Das Bild Nordafrikas im französischen Roman von heute. Der „Fall“ Michel Tournier“, in: W. Dostal/ H. A. Niederle/ K. R. Wernhart (éd.), Wir und die anderen, Islam, Literatur und Migration, Wien, WUV, 1999, 219-230 (à paraître aussi sous le titre: „L’Écriture ‚sauvage‘ des romanciers français et les altérités francophones“, Cahiers francophones d’Europe centre-orientale 10 1999.

[40] „Lyyli Belle et le Petit Prince. Réflexions sur le thème de l’enfant chez Mohammed Dib“, Actes du Colloque Mohammed Dib, Montpellier 2000.

[41] Cf. Fritz Peter Kirsch, „Regards sur le Maghreb“, französisch heute 3 septembre 1983, 129 – 141; “Du bon usage des fausses clefs. La littérature maghrébine d'expression française vue à partir de l'oeuvre d'Albert Camus“, französisch heute 1. März 1986, 84 – 93; „Regards de l'Afrique du Nord sur l'Occitanie“, in: Elisabeth Arend/ F. P. K. (Hg.), Der erwiderte Blick. Frankreich und der Maghreb im Lichte literarischer Begegnungen und Konfrontationen, Würzburg, Königshausen & Neumann, 1998, 185-198.

[42]    Cf. Fritz Peter Kirsch, „Quelques réflexions sur l’Histoire dans les oeuvres narratives d’Assia Djebar“, in: Assia Djebar en pays de langue allemande, Textes réunis par Nassima Bougherara à l’occasion du Colloque organisé les 3 et 4 décembre 1998, Chroniques allemandes 8 2000, 91-104.

[43] Fritz Peter Kirsch, „La Civilisation et la barbarie. Considérations sur les rapports entre les littératures de langue française“, Cultures en conflit, Cahiers francophones d'Europe centre-orientale 2 1992, 37 – 56.

[44] Fritz Peter Kirsch, „Les Joueurs et la table. Aspects du dialogue interculturel dans le roman subsaharien de langue française“, Cahiers francophones d'Europe centre-orientale 5-6 1995, T. I, 153 - 163.

[45] Cf. Fritz Peter Kirsch, „Zivilisationsprozesse südlich der Sahara ? Literaturhistorische Perspektiven der afrikanischen ‚Frankophonie‘“, in: Trans, Internet-Zeitschrift für Kulturwissenschaften 6, September 1998,

[46] Cf. Fritz Peter Kirsch,  „La Littérature québécoise, la francophonie et les thèses de Norbert Elias“, in: Etudes québécoises: Bilan et perspectives, Actes du Colloque scientifique à l'occ. du XVe anniv. du Centre d'Etudes québécoises à l'Université de Trèves, décembre 1993, Canadiana romanica 11, Tübingen (Niemeyer) 1996, 47-55.

[47] Cf. Fritz Peter Kirsch, „Jeanne, Mireille, Maria et les voix de la patrie“, Cahiers francophones d’Europe Centre-Orientale 9 1998, 125-138.

[48] Cf. Fritz Peter Kirsch, „Stimmen aus der Tiefe. Zu einem Dilemma der quebeckischen Romanciers vor und während der ‚Révolution tranquille‘“, Zeitschrift der Gesellschaft für Kanada-Studien 8 1985, 15 – 26;; Id., „Quelques Réflexions sur le rôle des immigrés dans le roman québécois“, Actes du Colloque de Trèves 1997 (à paraître).

[49] Cf. Fritz Peter Kirsch, „L'Education contradictoire. Une lecture européenne des romans d'Yves Beauchemin“, Voix et Images 57, Printemps 1994, 6O8-626.

[50]    „Nicht die integrative Funktion von Kultur, sondern der „Kampf um Bedeutungen“ (Lawrence Grossberg), der nie zu beendende Konflikt über Sinn und Wert von kulturellen Traditionen, Erfahrungen und Praktiken bestimmen ihre Analysen, die sich auf diese Weise den „vermischten Verhältnissen“ der sich in raschem Wandel befindlichen Gesellschaften der Gegenwart stellen.“ (Karl H. Hörning/Rainer Winter (éd.), Widerspenstige Kulturen. Cultural Studies als Herausforderung, Frankfurt/M., Suhrkamp, 1999, 9).  Cf. aussi: Michel Espagne/Michael Werner (dir.), Qu’est-ce qu’une littérature nationale ? Approches pour une théorie interculturelle du champ littéraire, Philologiques III, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1994; Sherry Simon et al., Fictions de l’identitaire au Québec, Montréal 1991.

[51] , „Au lecteur, pour commencer“, Mots du Québec, Cahiers francophones d’Europe Centre-Orientale 1 1991, 4

[52] Cf. Claudio Magris, Danubio, Garzanti, 1986.

[53]   Cf. Jacques Le Rider, Modernité viennoise et crises de l’identité, Paris, PUF, 1990; Id., La Mitteleuropa, Que sais-je ?, Paris, PUF, 1994.